Une nouvelle du Haut-Jura

I
Le soir descendait lentement sur le Grandvaux. C’était la fin de l’été.
Il faisait encore jour. Le soleil qui déclinait en s’aplatissant sur l’horizon s’était revêtu d’un manteau rouge carmin et faisait brûler les arbres qui s’étageaient sur les contreforts du lac et le lac lui-même n’était pas épargné par cette attaque flamboyante qui l’irisait de mille reflets pétillants.
Le grand faiseur d’ombre allait bientôt s’effondrer sur la colline comme un bonbon de guimauve à cette heure éphémère où il nous fait la faveur exceptionnelle de pouvoir le regarder en face et, si l’on se prête à son invite, alors d’un clin d’œil, il nous embarque pour un spectacle renversant où se dévoile toute la magie du monde car, à cet endroit-même, en bloquant notre regard sur celui dont la splendeur nous est d’ordinaire inaccessible, il est loisible, avec un peu de concentration, de sentir la terre, cette boule de vie sauvage, tourner sur elle-même !
De cette stupéfiante expérience, malheureusement, peu de monde est en mesure d’en prendre connaissance, tout simplement par manque de perspective, mais dans cette région sculptée dans le roc où le vaste espace est ouvert aux regards, elle est un privilège que chacun peut goûter à sa manière. Ceux d’ici l’ont pour certains vécue.
Septembre qui basculait sur son équinoxe d’automne offrait aux habitants de ce petit monde une trêve bien méritée, maintenant que les travaux d’été, les moissons et les fenaisons avaient engrangé le substantiel fermage dont dépend étroitement leur subsistance.
La lumière allait bientôt s’éteindre dans cette petite contrée du Haut-Jura où l’on cultive sans le vouloir un art de vivre empreint de quiétude et d’élégance brute et spontanée.
Nul besoin de s’en convaincre, il est des lieux où l’on ne peut se soustraire à l’envie d’y demeurer.
Et c’est ici même, dans ce petit bout de province, que demeurait celui dont l’histoire est restée dans les mémoires.
Il y avait vécu son enfance et sa vie d’homme dans l’humilité de sa condition paysanne.
Il n’avait jamais quitté ce lieu de toute son existence, n’avait connu ni vacance, ni voyage, ni sortie d’aucune sorte et cela n’avait aucune espèce d’importance pour la simple raison qu’il n’y avait jamais pensé et n’en ressentait nulle envie, ni besoin.
C’était un homme de la terre et cette terre était toute sa raison d’être.
Cet homme, le voici dans l’espace restreint de son modeste logis, posément accoudé à sa table, dans l’attitude d’une improbable attente, ayant allumé une pipe qu’il fume par intermittence, semblant installé dans un état de sérénité qu’on ne prête qu’aux âmes souveraines.
Il est posé là, comme il aime à s’y retrouver, lorsque le soir descendant incline au repos, dans l’attente de la nuit et la satisfaction du devoir accompli.
Il s’appelait Jean Benoît-du-Grandvaux. Il vivait dans cette chaumière, accompagné de sa solitude et de ses rassurantes habitudes qu’il tenait comme ses appuis les plus sûrs.
Ce soir, il allait manger la soupe et les pommes de terre chaudes qu’il avait laissées cuire lentement.
C’était à présent un vieillard chenu qui ne manquait pas d’inspirer un certain respect, comme celui qu’on témoigne envers ceux dont on envie secrètement la simplicité. Il était opiniâtre et intransigeant avec lui-même, mais il n’hésitait pas à se montrer généreux envers ceux qui le connaissaient. Il menait une existence austère qui avait de quoi déplaire à la plupart d’entre nous, mais dont il s’était depuis longtemps accommodé, car elle lui apparaissait comme le simple corollaire de sa condition.
Ses gestes, qui avaient l’aisance de la candeur machinale, il les réalisait dans l’innocence de son artisanat.
Son métier, il l’avait appris par obligation, autant que par son père. Peut-être l’avait-il fait aussi par conviction, par vocation – à le voir, il semblait fait pour ça – mais cette réflexion lui était venue plus tard, après que, de la ferme, il en eut reçu l’usufruit. De toute manière, cela lui allait bien, car il n’avait pas eu d’autre choix que de continuer à faire en homme responsable ce qu’il faisait de gré depuis sa prime enfance.
Jean, dans ses pensées et ses gestes, n’était ni bon, ni méchant, il ne manifestait ni haine, ni ressentiment. Néanmoins, il n’était pas tendre avec lui-même et c’est la raison pour laquelle il conduisait sa vie sans s’encombrer de préoccupations de cet ordre.
De la vie, il ne savait rien (selon son opinion), c’est la vie qui le portait en elle, comme en tout être qui en est investi sans le comprendre. Il était ce que l’on appelle un peu pompeusement « une force de la nature », c’est-à-dire une volonté pure qui s’accommode des contingences de la vie en ne reculant devant aucun obstacle, ni aucun plaisir lorsqu’ils se présentent. Il n’avait pas pour coutume de se plaindre, mais il plaignait beaucoup ceux qui inclinent à cette morbide tendance.
Son hygiène de vie était en rapport avec celle de son époque et de sa condition : sobre et appliquée.
Sa culture se limitait à la langue de son terroir. Il la chérissait en s’employant avec délectation à l’édulcorer de son phrasé rugueux et emphatique dont il se servait comme un moyen d’ornementer sa personnalité en remplissant l’espace sonore de mots puisés dans le patois, et parfois même dans son imagination, histoire de faire un peu d’esbroufe (c’est en ces termes qu’il consentait à se l’avouer lui-même) auprès d’un public incrédule et indulgent. Il était aimé aussi pour cela.
Les pensées qui lui venaient occasionnellement, il les devait à son intuition plus qu’à sa raison. Il avait connaissance de certaines choses sans en faire état, tant elles lui paraissaient évidentes et de peu d’intérêt.
Il lui arrivait de penser à sa jeunesse et quelquefois même à l’avenir, mais il prenait la précaution de ne pas trop s’y attarder par crainte de se perdre en vain dans les méandres d’un discours intérieur qui, selon lui, ne le menait nulle part sinon dans le regret, ou pire, dans les conjectures et c’est cela-même qu’il fuyait de peur de s’en trouver prisonnier ou déçu. Sa nature et son mode de vie n’étaient pas faits pour ce genre d’inconsistance. Son mental était au contraire constitué d’un bloc solide de convictions et de savoirs intangibles dont il était investi par habitude et pragmatisme.
Il savait en lui-même que les forces de ce monde lui étaient inaccessibles. Il en était convaincu, mais comment le savait-il ? Il savait, voilà tout… Son esprit était lié à l’état d’engagement qu’il avait contracté tacitement envers ce qu’il appelait son devoir. Il était trop occupé par les tâches quotidiennes et le labeur qu’il avait à produire dans le salut de sa survie pour en dénouer les liens et les causes. Il n’en avait d’ailleurs ni l’appétence ni la force. C’était un esprit simple et fier qui ne s’encombrait pas de pensées oiseuses qui auraient pu avoir la fâcheuse conséquence de le détourner de son but. Il n’avait, du reste, pas les paroles pour ça et ç’aurait été pour lui une activité bien futile qu’il ne se sentait pas la licence d’exercer. Il avait juste à faire ce pourquoi il était destiné.
Les bêtes de la ferme dont il avait la charge le légitimaient dans ses convictions. Elles lui rendaient hommage à leur manière. Les animaux n’ont-ils pas ce pouvoir d’éloquence muette qui nous consterne avec tant d’évidence lorsqu’ils gagnent notre estime ?
L’homme et ses bêtes partageaient sans doute le même sang, car depuis longtemps, il s’était instauré une sorte de connivence entre eux dans laquelle le besoin d’assistance des unes justifiait le labeur de l’autre.
Lorsqu’il emmenait ses vaches au champ, il s’en acquittait avec le sentiment d’un devoir envers elles et quand il les ramenait le soir pour la traite, il ressentait ce moment comme une récompense du travail qu’elles avaient fourni à brouter et ruminer dans les gras pâturages qu’il leur réservait avec attention. Elles, en retour, le remerciaient nonchalamment d’un tendre dandinement qu’il leur était doux d’entreprendre le matin en partant aux champs avec, dans la tête, la promesse d’une riche nourriture qui allait les contenter jusqu’au soir où le retour de leur bouvier annonçait la délivrance de leurs pis gonflés de lait avec, à la clé, une nuit fraîche et salutaire. Bêtes et hommes sont liés dans leur destin commun et cet homme-là le savait, comme on sait que les saisons sont changeantes et que la vie est éphémère.
II
Le soir tombait maintenant sur cette vie comme, inéluctablement, le soir tombe sur chaque jour qui nous est compté. Le temps qui passe est une machinerie qui broie les souvenirs que l’on veut ravir à l’oubli. Il fait de notre voyage un éternel recommencement.
Du travail de cet oubli permanent, Jean ressentait l’emprise chaque fois qu’il lui était loisible de s’y arrêter comme dans un instant de résurgence, car sa vie avait été belle malgré tout dans l’émergence de sa jeunesse, exaltée par celle qui lui avait fait la faveur de l’épouser et dont il aimait à se dire qu’il lui devait tout.
C’était il y avait longtemps déjà, mais dans ce passé enfoui dont il avait du mal à se remémorer les détails et les correspondances, il sentait encore sa présence et il était capable d’y puiser les mêmes émotions qu’il avait éprouvé en pleine gloire, sans savoir que c’est ainsi qu’il qualifierait plus tard la période de cette vie qui lui avait procuré tant de soleils au contact de ce bonheur inespéré, et tant de douleurs ensuite après qu’il lui fallut se résigner à vivre dans l’absence en faisant du deuil une énigme indéchiffrable.
Elle était sortie de sa vie sans le vouloir et sans même avoir le temps d’exprimer un au revoir, dans un accident de travail, renversée un soir d’orage par une brebis en panique qui lui avait coupé les jambes et fait perdre l’équilibre. Sa tête avait heurté bruyamment le bord de l’abreuvoir et le choc lui avait été fatal. Son Jean qui était présent, avait tout vu, tout ressenti et sa douleur fut immense. Elle était encore là, comme un viol inexpiable, intacte, sauvage et cinglante. C’est le drame d’une vie entière : un malheur qui ne s’explique que par l’absurde, un événement barbare et dévastateur d’une fulgurance inouïe qui transforme le restant de l’existence en une longue et douloureuse chimère. Jean, ce jour-là, reçut le ciel sur sa tête et lui en a voulu. Dès lors, toute espèce de spéculation portant sur la raison des choses et leur destinée lui fut étrangère, parce qu’intolérable.
Comment se relève-t-on lorsqu’un coup de tonnerre nous a plaqué à terre, vidé de notre sang et mis dans l’outre-tombe ?
Dans le cas de Jean, sa réponse se lit dans la résilience à laquelle il s’obligea durant le restant de sa vie : une vie résignée, mais digne.
C’est ainsi qu’il fit de la mémoire de sa douce amie un soutien de tous les instants, sans plainte, ni rancune, dans une sorte de revanche tacite à l’endroit de cet insolent coup du sort qu’il refusait de qualifier par peur de rompre, dans la colère, le serment de pudeur qu’il devait à celle qui l’avait aimé.
Elle était partie trop tôt, ne laissant derrière elle ni enfant, ni famille avec qui se confier, mais sa bonne humeur et son amour restaient dans tout ce qu’elle avait touché, toujours affirmative et sincère jusque dans les difficultés et faisant l’admiration de son mari qui en avait pris exemple. Jean, pour son salut, était resté en contact avec elle en discernant avec application ce qu’ils avaient ensemble partagés : les objets matériels de leur quotidien, le goût des aliments, les odeurs de la ferme ou bien encore le baume des fleurs qu’elle aimait à multiplier, la chaleur de son être, ses baisers et sa peau…
De tout cela, Jean en était avant insoucieux, il en était maintenant pénétré.
Ce choc émotionnel avait produit en lui l’impression d’une rupture violente et fulgurante qui l’avait heurté profondément et qui cognait encore dans son être à la manière d’un bruit sec, comme celui de la hache qui fend la bûche sur le billot.
Plus elle lui était absente, et plus elle lui revenait. Elle n’était pas partie, on lui avait enlevé. Mais on ne peut inverser le cours du temps, on ne peut pas empêcher la terre de tourner.
Elle lui manquait douloureusement, la maison s’était vidée de sa voix scintillante, de ses chants envoûtants, de son parfum mêlé d’innocence et de sa délectable présence, mais il avait fini par faire de sa solitude une providence en l’habitant d’une amie regrettée car, à ses côtés, il avait gagné en richesse, ayant en quelque sorte doublé d’envergure grâce à cette admirable force de vie qu’il avait acquise à son contact.
Ainsi, après que la chance de sa vie s’en fut allée dans les méandres sibyllins de sa mémoire, sa vie à lui, accoutumée à la rudesse et la fatalité du quotidien vulgaire, ne fut désormais plus que force d’acceptation qu’il avait réussi à sublimer dans cet amour qu’il vivait maintenant par procuration.
Il avait fait le nécessaire pour réduire la taille de l’exploitation qu’il lui fallait à présent tenir seul, ne gardant du cheptel et de la basse-cour que ce qu’il était capable d’entretenir, ayant revu à la baisse ses ambitions économiques.
Il avait dû faire de la frugalité son ordinaire.
III
Un soir de vent, après la traite et alors qu’il s’apprêtait à rejoindre son logis pour y prendre son repas, Jean, en traversant la cour, faisait le bilan de sa journée. Il avait déjà la main sur la poignée de la porte et allait en franchir le seuil lorsque, un peu perdu dans ses pensées, il eut l’intuition d’une présence derrière lui. Il se retourna en suspendant ses mouvements. La cour était déserte et le vent sifflait dans les sous-pentes. Il connaissait cette sensation de n’être pas le seul à chercher le repos à cette heure bleue du crépuscule avancé où l’œil ne discerne plus les formes et les couleurs. Il se reprit et tourna la poignée quand il entendit un léger bruit, comme une voix à la fois rauque et feutrée qui semblait venir de la remise à foin, au fond de la cour.
Il était épuisé, mais il revint de nouveau sur son geste en accordant cette fois une attention plus assidue à cet appel impromptu. Le jour déclinait et sa vue n’était plus très affûtée, il lui fallut plusieurs secondes pour distinguer une forme qu’il identifia d’abord à un repli de boiserie.
Il affina son regard en plissant les yeux et en marquant un sourire crispé.
« Bon sang, s’exclama-t-il en silence, mais, c’est un animal qui se tient là ! ». Sa taille était celle d’un chien. « Se pourrait-il ? » Mais son attitude le démentait.
Alors, c’était plutôt un renard. Le goupil avait, mazette, un sacré culot ! Un culot dont il n’allait pas tarder à devoir rendre compte, « le temps d’aller chercher mon fusil »…
L’esprit de Jean était dans cette intention, cherchant à définir sa stratégie de chasse : Il lui fallait s’introduire subrepticement dans la maison, récupérer son fusil, entrouvrir la fenêtre de la cuisine et pointer l’animal qu’il ne pouvait pas laisser plus longtemps roder au milieu de ses poules et lapins.
Durant ces quelques secondes de réflexions, il n’avait pas quitté sa proie des yeux et de nouveau le doute s’installait quant à l’identification de son visiteur. La morphologie de l’intrus cadrait mal avec celle d’un renard, elle paraissait plus massive, avec une queue plus fine, son pelage était plus sombre, sa tête plus large et ses yeux… Jean frissonna. Tout indiquait maintenant qu’il avait affaire à un loup ! Il pensa instantanément aux pensionnaires de la ferme, veaux, brebis et sa chèvre Amalthée, sachant qu’ils risquaient plus que lui les assauts de l’animal, mais pour le moment, c’est lui qui était le plus exposé au danger dans une confrontation qui se résumait à quelques mètres d’une distance que le loup pouvait abolir en un bond. Si telle était la velléité de l’animal, Jean ne pourrait pas fuir, il n’aurait sans doute pas le temps de se réfugier à l’intérieur de sa maison et n’avait aucun outil en main qui puisse lui servir d’arme pour faire front, il était piégé. Il resta figé là dans un état extatique proche de l’anéantissement. Sa peur lui avait ravi son courage et sa raison.
Il n’aurait su dire combien de temps avait duré cette épreuve vécue dans la sidération, combien de temps il lui avait fallu pour recouvrer ses esprits et combien de pensées lui avaient été servies dans cette aliénation mentale où l’on ne s’appartient plus, où l’instinct prend les commandes en mettant en feu les mécanismes de survie.
Que faisait ce loup dans la région ? Il y a plus d’un siècle que les habitants du Jura n’ont plus à se soucier de ses dépréciations. Depuis des lustres, ils n’avaient plus à craindre ce pillard implacable. Cela faisait une éternité qu’on ne pouvait plus guère le rencontrer que dans les fables et les récits de diseurs de malaventure.
Et pourtant, il était là ce gênant, cet imposteur, ce monstre légendaire !
C’était maintenant une évidence, aux yeux de Jean qui ne cessaient de le sonder, ce genre d’évidence à laquelle on ne peut se résoudre, mais en dépit de tout ce qu’il aurait aimé conjurer, il n’y avait plus de doute quant à son identité et c’était une bien funeste conclusion.
Curieusement, cette prise de conscience lui remit les idées en place et il reprit peu à peu possession de son cerveau.
Il chassa avec force et détermination la peur qui l’avait assailli malgré lui en se résolvant à mesurer avec lucidité les circonstances de cette insolite rencontre, car, depuis le premier instant, cette créature n’avait manifesté aucun signe d’agressivité. Elle était impassiblement installée en position couchée dans l’attitude d’un chien qui attend patiemment, avec la tête légèrement baissée en signe de soumission et ce constat désarmant avait remis le fermier en état de sérénité, comprenant qu’il n’avait désormais rien à craindre dans cet étonnant face à face où la stupéfaction le disputait en curiosité.
Décidément, cette situation avait quelque chose de singulier. Les deux protagonistes croisaient leurs regards avec la même insistance, l’un cherchant à connaître l’intention de l’autre et l’autre semblant attendre une reconnaissance de fait.
Jean cherchait à comprendre ce que lui valait une telle docilité et le loup, qui semblait s’être étendu en position d’allégeance, attendait patiemment que Jean lui en témoigne de la reconnaissance, mais malgré l’intensité de cette confrontation, rien de probant n’émergea de cet échange contre-nature : l’homme, ce jour-là, fit la rencontre d’un loup… à moins que ce ne fût le loup qui fit sa rencontre !
Las de chercher à comprendre, Jean tourna la poignée de la porte qu’il n’avait cessé d’étreindre et rentra dans sa chaumière en refermant précautionneusement la porte derrière lui. À travers la fenêtre adjacente, il vit le loup se relever sur ses pattes, et… après un long moment de retenue, s’éloigner lentement. Il le suivit du regard jusqu’à ce que son ombre disparaisse dans la nuit de son secret.
Jean, ce soir-là, oublia de manger. Il alluma sa pipe et son esprit s’égara dans les volutes de ses pensées jusqu’à ce que la fatigue et l’extraordinaire l’entraînent dans les songes évanescents où des animaux fantastiques s’épuisent en de mélancoliques imaginaires.
Le lendemain matin, Jean repris le cours de son existence et tout fut effacé dans l’absorption des tâches qu’il avait à accomplir.